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Né à Liège en 1955, Patrick Krémer est écrivain et éditeur scientifique. Fondateur de la revue Courant d'Ombres, il associe l'écriture personnelle à la recherche sur les quelques auteurs sans lesquels il ne serait pas apte à vivre.
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La revue Courant d'Ombres, fondée en 1995, est, depuis 2002, en sommeil... Néanmoins, vous trouverez ici le sommaire des numéros parus, ainsi que des extraits d'articles et, parfois, le texte intégral de certains d'entre-eux, notamment ceux issus de numéros épuisés.
(Il est possible de commander un
exemplaire par e-mail.)
N°1 Purgatoire et Postérité
Pour une époque qui a élevé la vitesse, la fugacité au rang de valeur absolue, la
notion, le terme même de postérité peut paraître d'un autre âge, préoccupation obsolète dont il convient de sourire, comme d'ailleurs de l'aspect élitiste qu'elle implique ; il n'en demeure pas
moins que subsiste le mystère : pourquoi certains auteurs ont-ils à connaître le séjour du purgatoire ? L'ambition de Courant d'Ombres était, dans ce numéro inaugural, d'apporter
quelques éléments de réponse à cette interrogation, de tenter de démonter le mécanisme hiérarchique qui régit le devenir d'une œuvre. Totalement libres de leur contribution, les auteurs
sollicités n'ont, d'une manière générale, pas souhaité orienter leur réflexion dans ce sens, ce qui, en soi, constitue une manière de réponse. Les uns ont tenu à dire combien, pour eux, cette
perspective de survie littéraire était peu importante en regard de la survie immédiate que l'écriture est censée apporter, cependant que certains reconnaissent que l'acte d'écrire est par essence
une manière de s'inscrire dans la durée. D'autres se sont attachés à retracer la destinée de certains artistes, du sculpteur François Rude au poète Maurice Blanchard, en passant par Fernando
Pessoa, Pierre-Albert Jourdan ou encore Jean Glineur. Enfin, pour conclure ce dossier sans le refermer, deux auteurs nous rappellent que tout est poussière et que nous œuvrons dans une langue
vouée, à plus ou moins court terme, à la dissolution.
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N°2 Francis Giauque
Je voudrais que ma mort creuse une petite ravine tout au fond de ton âme,
une petite ravine où j'aurais encore ma place après des années de silence.
Le 13 mai 1965, Francis Giauque, après de longues années de souffrance, d'incapacité à vivre sous la chape d'angoisse qui l'avait un jour recouvert, choisissait de sortir par la porte royale de la Mort : il avait trente et un ans. Depuis ce jour, le poète suisse, trop hâtivement rabaissé au rang de modeste épigone d'Antonin Artaud, n'a cessé, en dépit des efforts méritoires de quelques-uns, de hanter le purgatoire des lettres. Trente ans ont passé, et la voix, le cri de Giauque n'a rien perdu de sa virulence : il est toujours là, pour peu que l'on veuille l'entendre. En France, pourtant, l'œuvre, mince mais dense et singulière, de l'auteur du Journal d'enfer est depuis quelques années introuvable, sinon dans les bacs de quelques rares bouquinistes. À l'heure où tant de pages insipides sont imprimées, livrées au public, il paraît impensable que ceci se fasse au détriment d'une parole aussi forte que celle, entre cent autres, de Francis Giauque. Courant d'Ombres, après d'autres (Mai hors saison en 1974, Jungle en 1985, et la belle édition du Journal d'enfer par Jean Pierre Begot en 1978), se devait de réparer, avec ses moyens, cette injustice. L'ambition était double : rappeler, par le témoignage de ceux qui furent ses proches et l'accompagnèrent dans son calvaire sans toutefois pouvoir l'en sortir, l'homme qui parcourut le Labyrinthe du désespoir ; montrer, études à l'appui, combien, pour admirative qu'elle soit de celle d'Artaud, son oeuvre s'en écarte par bien des côtés, et, par un large choix de textes, rendre au public français la chance d'entendre à nouveau ce cri que rien ne peut, ne doit étouffer. Une lettre inédite ponctuera ce dossier qui ouvre sur des perspectives d'avenir avec le projet d'une prochaine édition des Œuvres complètes que Courant d'Ombres appelle de ses vœux.
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N°3 Franz Hellens
« Nonante ans, nonante titres ». C'est par cette formule que l'on pourrait
quasiment résumer la vie et le parcours littéraire de Franz Hellens. Une longévité exceptionnelle ; une production qui ne l'est pas moins, et pourtant, au bout du compte, l'oubli presque complet.
Évidemment, une telle carrière ne peut se résumer en quelques pages, si denses soient-elles. Il a donc fallu opérer des choix, chercher à évoquer les différentes facettes d'un homme qui, sans
jamais freiner sa production d'ouvrages qui embrassent presque tous les “genres” littéraires, n'a cessé de porter attention aux autres, aux jeunes auteurs surtout, attention qu'il a mise en
pratique en dirigeant plusieurs revues littéraires, dont le légendaire Disque Vert. Nous n'avons donc pas prétendu à l'exhaustivité :
s'agissant d'une oeuvre de cette ampleur, plusieurs volumes n'y suffiraient. Nous avons simplement voulu mettre en lumière quelques points particulièrement révélateurs de la manière d'Hellens :
un fantastique qui n'oublie pas le mysticisme ; un sentiment manifeste de commettre une faute en s'adonnant à l'écriture ; un style qui avoisine le futurisme, etc. Quant au revuiste, il
s'agissait de rappeler combien sa vision fut européenne, totalement réfractaire aux frontières linguistiques et administratives. On pourra être surpris de lire autant de lettres de Jean
Paulhan : cette abondance témoigne de la très haute estime dans laquelle le directeur de la N.R.F. tenait celui du Disque
vert. Cela seul devrait suffire à désenclaver Franz Hellens du purgatoire dans lequel la postérité l'a enfermé.
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N°4 André Rolland de Renéville
André Rolland de Renéville (1903-1962) fut, aux côtés de ses amis René
Daumal, Roger Gilbert-Lecomte et Josef Sima, l'un des principaux acteurs du Grand Jeu, cette « union d'hommes liés à la même
recherche » qui provoqua l'envie et la colère d'André Breton. Pourtant, contrairement à ses amis, Rolland de Renéville n'a droit, tout au plus — et encore ! — qu'à quelques lignes sous la plume
des meilleurs exégètes du groupe. C'est que, poète et magistrat, il fut et demeure une figure ambiguë : les uns, certains de ses compagnons de route, ne veulent voir en lui qu'un
“contre-révolutionnaire” aux idées bourgeoises ; les autres, ses collègues de la magistrature, se méfient du poète révolutionnaire ! À la croisée de toutes les tensions qui finirent par déchirer
le groupe, on n'hésite guère à le tenir pour responsable de la mort du Grand Jeu. Et comme tel, on le passe sous silence.
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N°5 Soleils noirs
Évacué le mythe de la création ex nihilo, force est de constater que la
puissance d'attraction de certains astres poétiques est telle qu'elle peut empêcher toute vie en dehors de son cercle.
Toutefois, dans quelle mesure cette proximité fascinante n'a-t-elle pas, contrairement à ce que tend à suggérer le titre de ce dossier, permis à certains astres de naître ? Qui sait si Prevel aurait accédé à une modeste postérité dans la dévoration d'Antonin Artaud ? Et Lely sans l'ombre protectrice du divin marquis ?
Soleils noirs des grands dévorés d'Absolu ; soleil noir de la poésie, du verbe qui dévore celui qui se laisse un jour prendre dans ses rets, qui parfois maudit cette dévoration, se sentant rejeté de la vie, mais qui, hors de cette lumière, serait sans doute bien incapable de vivre.
Ce dossier ne prétend pas à l'exhaustivité : d'autres auteurs auraient pu y trouver tout naturellement leur place, mais ceux qui ont été choisis en fonction des diverses sensibilités du comité figurent probablement parmi les plus représentatifs de cette dévoration. Un grand absent : Francis Giauque à qui nous avions consacré notre deuxième numéro et dont, bien entendu, nous ne pouvions reparler ici.
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Le 24 mai 1899 naissait à Namur Henri Michaux.
Courant d'Ombres, dont les animateurs sont aussi de grands passionnés de Michaux, se devait, en cette année du centenaire, de lui rendre hommage à sa manière.
Ce dossier est donc placé sous le signe de Michaux, mais il s'attache à rappeler quelques-unes des figures qui ont été les premières et sans doute plus importantes lectures de cet immense
poète. Parmi elles, certaines sont aujourd'hui totalement oubliées ; d'autres moins. Nous ne prétendons pas à l'exhaustivité : d'autres auteurs auraient pu trouver place dans cette
bibliothèque. Notre choix s'explique par le fait que les auteurs retenus sont ceux qui, selon nous, ont le plus profondément marqué le jeune Michaux.
Nous attachant au Michaux lecteur, il nous a aussi paru important de rappeler ceux qui furent ses premiers lecteurs : Franz Hellens, le découvreur, Jules Supervielle qui l'introduit en
France, et André Rolland de Renéville, le premier critique à avoir parfaitement pénétré l'œuvre de Michaux.
En complément à ce dossier, nous sommes particulièrement heureux de présenter un ensemble de lettres inédites de Michaux à Jean Ballard, directeur des prestigieux Cahiers du Sud. Nos plus chaleureux remerciements à Mme Micheline Phankim qui nous a autorisé la reproduction de ces lettres.
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Les six numéros dans leur intégralité sur CD-ROM